OA et évaluation

Un des freins à la progression de la publication en OA en France est directement lié à l’évaluation institutionnelle de la recherche, par l’AERES pour les universités et établissements de recherche, mais aussi pour les enseignants-chercheurs et les chercheurs.
1) En ce qui concerne les universités et établissements de recherche, l’AERES fournit des classements en grande partie basés sur le système de cotation annuelle en ligne des journaux, le Journal Citation Reports. Autrement explicité par un collectif de chercheurs :

Le principe de cette cotation est tout simplement l’Audimat : combien de fois un article publié dans une revue est-il cité, dans les deux ans qui suivent, par les autres articles publiés dans un pannel de journaux choisi par Thomson Reuters […]. C’est ce qu’on appelle le facteur d’impact de la publication. Ainsi la valeur ajoutée d’une recherche a été réduite par l’action de Thomson Reuters aux points d’audimat de la publication associée.

La qualité du contenu de la recherche est ainsi dévalorisée au profit d’un indicateur quantifiable, le facteur d’impact (IF). La première dérive, souvent oubliée par les évaluateurs, provient du fait qu’à l’origine cet indicateur a été conçu pour mesurer le facteur d’impact d’une revue et non pour classer les universités et encore moins les chercheurs. Cet outil bibliométrique, initialement prévu pour aider les bibliothécaires à effectuer des choix sur les abonnements à des collections de journaux, permet d’apprécier l’évolution globale d’une revue au cours du temps dans une discipline donnée et plus généralement les tendances qui se développent dans la discipline [Yves Gingras, Les dérives de l’évaluation de la recherche, Eds. Les Raisons d’agir (Paris), 2014, p. 36-38]

2) En ce qui concerne l’évaluation des chercheurs et enseignants-chercheurs, ceux-ci ne fournissent plus, lors des évaluations de l’AERES, que les publications dont l’IF est supérieur à 1, élevant ainsi l’IF global de leur unité. Cette incitation à ne publier que dans des revues à IF élevé favorise évidemment les majors de l’édition scientifique qui ont mis en place ce système de gratification symbolique des chercheurs. Cette reconnaissance de leur pseudo-valeur liée au facteur d’impact de leurs travaux, ou pire à leur facteur h, leur permet de rivaliser pour concourir sur un poste dans la recherche académique ou d’obtenir plus facilement des financements institutionnels (type ANR …).
Dans le contexte aigu de pénurie de postes et de financements, cette compétition défavorise les jeunes scientifiques en recherche d’un premier emploi stable au moment où ils auraient grandement besoin d’une évaluation plus qualitative de leur travail plutôt que dépendante d’une métrique biaisée voire injuste.