Un jeune chercheur s’exprime sur l’Open Access

Docteur en Pharmacie et Docteur en Sciences Biomédicales, spécialité Neuroscience, Giuseppe Gangarossa est un jeune post-doctorant. Son parcours scientifique et universitaire est le résultat d’une mobilité internationale entre l’Italie (Bologne), la Suède (Stockholm) et la France (Montpellier et Paris). Ses recherches portent principalement sur l’étude du système de la dopamine dans des conditions physiologiques (apprentissage et mémoire) et pathologiques (addiction aux drogues et troubles du mouvement de type Parkinson). Giuseppe rêve son futur dans l’Enseignement Supérieur et la Recherche, un futur dans lequel la démocratisation et la transmission des savoirs seraient une priorité pour les scientifiques et la société, un futur dans lequel les nouvelles générations seraient porteuses d’innovation. Son engagement avec l’Open Access est une conséquence naturelle de ce rêve.

1) Peppe, tu es un jeune chercheur à l’origine de l’initiative Open Access à Montpellier. Qu’est-ce qui a provoqué ton engagement dans ce projet?

J’ai décidé de me lancer dans ce projet parce que je crois fortement à l’Open Access. Ce système donne la possibilité d’une démocratisation et d’une diffusion libre des sciences. La recherche, surtout celle financée par l’État, doit servir d’incubateur de culture, d’innovation et de technologie. Nous, les scientifiques, nous devons restituer librement nos découvertes à la communauté entière, scientifique ou non. Le système de l’édition scientifique est aujourd’hui devenu aberrant et pervers. Aujourd’hui, tous nos efforts, nos découvertes et notre engagement servent surtout à l’enrichissement démesuré de quelques maisons éditoriales. Pendant ce temps, nos universités, nos bibliothèques et nos centres de recherche étouffent à cause d’abonnements exorbitants. C’est un cercle vicieux qu’il faut absolument arrêter. L’Open Access permet de remettre au centre la science et le droit à l’accès libre des connaissances. Aujourd’hui Internet nous donne cette possibilité.

2) Peppe, serais-tu prêt à renoncer à publier dans une revue à fort impact factor si elle n’autorise pas le dépôt en archives ouvertes?

Si ça ne dépendait que de moi, je ne publierais qu’en Open Access. Pour moi l’Impact Factor et l’Open Access sont deux sujets indépendants. L’impact factor (IF) est un indicateur utilisé à tort comme mesure de qualité des articles scientifiques. En réalité l’IF est juste un outil pour mesurer la popularité d’une revue et non la qualité des articles. La qualité devrait être évaluée par la communauté scientifique entière dans ce qui s’appelle le processus de post-publication ou peer reviewing. Malheureusement plusieurs scientifiques évitent de publier en Open Access parce qu’ils cherchent à atteindre un impact factor élevé, généralement détenu par les grandes revues scientifiques. Dans le système actuel, ce sont les grandes revues qui font progresser la carrière des scientifiques et ouvrent l’accès aux financements. Encore une fois on se retrouve dans un cercle vicieux, dans une contradiction absurde et je dois admettre que dans la recherche il y en a beaucoup. Personnellement je souhaite un système dans lequel chaque publication ait sa dignité, chaque article soit en libre accès et où les revues scientifiques seront obsolètes. Nous avons aujourd’hui des archives libres (http://biorxiv.org) et gratuites dans lesquelles nous pouvons ajouter nos travaux. Un système pour et par les scientifiques, dans lequel l’épaisseur d’une découverte ne dépend pas du contenant, mais du contenu et dans lequel chaque publication trouve sa juste valeur.

3) Si tu devais donner un seul argument, lequel donnerais-tu à un chercheur pour qu’il publie en Open Access?

Un seul argument ? Il y en a énormément… mais principalement je pense à l’accès libre à la connaissance pour tous, à la démocratie du savoir. Je reçois souvent des mails de chercheurs ou d’étudiants qui n’ont pas la possibilité d’accéder à des articles parce que leurs universités ne sont pas abonnées à certaines revues. N’ont-ils pas le droit d’accéder à ces travaux ? N’ont-ils pas eux aussi le droit de formuler d’autres hypothèses, peut-être révolutionnaires, à partir de ces publications ? Imaginons un instant un blackout économique des universités (on en est peut-être pas si loin…), toute la connaissance scientifique et les découvertes qui nous permettent d’avancer dans notre domaine seront inaccessibles. J’en ai des frissons et c’est pourquoi je me bats pour que le savoir soit toujours accessible.

2 réflexions au sujet de « Un jeune chercheur s’exprime sur l’Open Access »

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